Et si l’avènement de la Wallifornie se faisait après une guerre nucléaire ou une crasse du genre ?

Le post-apocalyptique, sous-genre de la science-fiction popularisé grâce à Mad Max, est malheureusement encore trop souvent associé aux coupes de cheveux iroquoises et aux grosses cylindrées sur fond d’ultra-violence débridée. Les thèmes et les questions soulevées par la fin du monde civilisé ne méritent pourtant pas ce point de vue réducteur. Succin tour d’horizon d’un genre.

Le 6 août 1945, la possibilité de vivre dans un hiver nucléaire permanent est passé du domaine de la science-fiction au domaine de la probabilité statistique. Ce que les habitants d’Hiroshima allaient vivre marquera à jamais l’histoire des hommes et influencera tout un courant littéraire avant de déborder sur le cinéma et la BD. Toute la période de la guerre froide qui suivra nous maintiendra tous sous la menace diffuse et constante d’un affrontement nucléaire entre superpuissances pouvant réduire toute civilisation en cendres. Lorsqu’arrivera la détente entre Russes et Américains, l’ombre de la destruction totale par tapis de bombes s’éloignera pour laisser la place à d’autres angoisses. Fortement influencés par les cris d’alerte lancés par les écologistes, les auteurs se sont intéressés à une autre possibilité, la disparition de l’homme à cause de son mode de vie, détruisant son environnement jusqu’à scier la fragile branche sur laquelle il est assis.

Quelle que soit la façon dont le monde civilisé a été détruit, une question se pose : que nous reste-il lorsque nous n’avons plus rien ? De nombreux auteurs nous ont apporté leur réponse. En voici une sélection.

zombie MAIS OU SONT LES ZOMBIES ?

Afin de présenter un ensemble cohérent, les monstres géants radioactifs, les œuvres se déroulant dans un futur lointain et la fin du monde provoquée par les zombies ont été laissés de côté. Mais ces derniers mériteraient un article à part entière : le genre « film à zomblards » a particulièrement été malmené ces dernières années (voire les deux dernières décennies). Cette situation est particulièrement due à la surproduction d’œuvres présentant les sympathiques morts-vivants. Néanmoins, quelques pépites subsistent. Peut-être seront-ils évoqués un jour dans ces pages.

 

 

[page_title text= »Cinéma »]

« Mad Max » de George Miller avec Mel Gison (1979)

Géniteur d’un genre singulier au cinéma, Mad Max est impossible à ne pas citer dans un article consacré au post-apocalyptique. Dire que son succès a généré d’innombrables copies et sous-copies est un doux euphémisme. On peut dire que le cinéma italien commercial, aidé par l’explosion de la VHS, a popularisé et ringardisé la bande de punks motorisée.

Max, policier du futur, dernier reliquat de la loi dans un monde qui a basculé dans l’anarchie, deviendra fou lorsque sa famille sera assassinée et ne trouvera le repos de l’esprit que lorsque tous les responsables seront 6 pieds sous terre.

Le film connaîtra deux suites, « Mad Max 2 » (1981) et « Mad Max Beyond Thunderdome » (1985). Si le premier est encore franchement recommandable, on ne peut s’empêcher de penser pendant la vision du second qu’ils auraient dû s’arrêter avant de sombrer dans l’auto-caricature la plus complète. Les années ’80, c’était aussi un cinéma d’exploitation sans complexe.

« The Rover » de David Michôd avec Guy Pearce et Robert Pattinson (2014)

Magnifique mise en abîme du genre (un homme au bout de sa vie continue parce que le monde autour de lui s’est effondré), « The Rover » nous conte l’histoire d’Eric, dont le dernier bien (son véhicule) vient d’être dérobé. Obsédé par sa récupération, il sera rapidement accompagné par le frère d’un des membres du gang responsable du vol. Guy Pearce est littéralement habité par le rôle et Robert Pattinson convainquant en type paumé et légèrement attardé. Sans être le meilleur film de l’année, l’ambiance « fin du monde » très bien rendue ainsi que la très belle photographie en font un morceau de choix pour les amateurs du genre.

« Children of Men » de Alfonso Cuarón avec Clive Owen et Julianne Moore (2006)

L’humanité, devenue stérile, assiste impuissante à la mort du plus jeune de ses membres. Un bébé-miracle devenant le symbole d’un futur enfin possible sera acheminé à travers un monde cauchemardesque en complète déliquescence par un ancien activiste (impérial Clive Owen).

L’excellente (notamment deux magnifiques plans-séquences) réalisation de Cuarón (qui réalisera plus tard « Gravity »), le sordide réalisme et la très belle photographie devraient finir de vous convaincre de voir ce film si vous ne l’avez pas encore fait.

[page_title text= »B.D. »]

« Jeremiah » de Hermann – Dupuis – 32 tomes de 1979 à nos jours

Classique incontournable de la BD post-apocalyptique, la série « Jeremiah » fait partie des œuvres décrivant impitoyablement le pire de l’espèce humaine. Le héros du titre, accompagné de Kurdy Malloy, traverse les Etats-Unis pour un voyage initiatique mêlé de chevauchées sauvages. Si on peut reprocher à la série une certaine répétition dans ses thèmes et ses scénarios (chaque tome est en effet une histoire à part entière pouvant être lue indépendamment), elle continue de ravir les fans : le dernier tome est sorti au mois de septembre.

A noter qu’il existe une série TV de deux saisons (2002-2004) avec Luke Perry inspirée de l’univers de Jeremiah.

[page_title text= »LITTÉRATURE »]

« The Road » de Cormac McCarthy (2006) – Editions de l’Olivier

Ce roman aura su s’imposer comme un incontournable de la littérature avant de se voir adapter au cinéma. Le succès incroyable du roman (pour un roman situé dans un cadre post-apocalyptique) est certainement dû à la qualité d’écriture ainsi qu’à la réputation de l’auteur lui-même (« No Country for Old Men », c’était déjà lui). Véritable best-seller de librairie, les relations père-fils occupent la place centrale du roman. Un père se sachant condamné voyage plusieurs mois avec son fils, en cherchant de quoi survivre et, peut-être, trouver un endroit où vivre et s’installer. Mais ce n’est pas l’intrigue qui vous prendra à la gorge mais bien ce cadre impitoyable où chacun s’en remet à commettre des atrocités afin de tenir encore une journée, ce style épuré tout en étant décousu ainsi que ces conversations père-fils. Répondant très bien à la question « que nous reste-il lorsque nous n’avons plus rien ? », cette œuvre n’en finira pas de vous hanter.

« Plop » de Rafael Pinedo (2007) – Arbre Vengeur

Roman atrocement brutal faisant presque passer « La Route » de Cormac McCarthy pour une balade santé dans le parc de Cointe, « Plop » nous conte l’histoire d’un garçon né dans la boue ne connaissant rien d’autres que sa tribu, la pluie incessante et les brutalités quotidiennes. Curieusement, la tribu est extrêmement structurée entre les chefs, les utiles et les inutiles (qui savent qu’ils n’en ont plus pour longtemps). Tous les tabous de l’ancien monde ont été oubliés et remplacés par d’autres. Le sexe, la routine. A 10 ans, on est un homme (ou une femme). On se bat pour un bout de viande ou un outil fonctionnel. Tout n’est qu’excréments, crasse, désolation, … Lorsqu’on se surprend à ressentir des sentiments, on ignore de quoi il peut s’agir. L’Humanité, ravalée au rang d’animaux. Plop s’est vautré, dès la naissance, dans une flaque de boue. Le bruit qu’il fit en tombant sera son patronyme : Plop.

Fait de très courts chapitres collés les uns aux autres comme une série de coups de poings rapides dans la tronche, vous ne lâcherez « Plop » qu’une fois arrivé au bout, estomaqué. Le premier chapitre nous donne immédiatement envie de connaître la suite, tant l’on est intrigué par le style rageur de l’auteur et une mise en situation extrême.

Mieux qu’un livre réussi, une expérience. Vous aurez été prévenus : à ne pas mettre entre toutes les mains.

[page_title text= »POURSUIVRE L’EXPLORATION DU GENRE »]

« Le post-apocalyptique » de divers auteurs (2013) – Editions ActuSF

Cet essai est tout indiqué si vous désirez poursuivre le voyage. « Le Post-apocalyptique », essai édité à la Maison d’Ailleurs en collaboration avec ActuSF, se propose de présenter quantité d’œuvres ayant trait au post-apo, le tout accompagné d’une iconographie remarquable ainsi que d’une bibliographie. Edité à l’occasion d’une exposition sur le film « Stalker » et le livre qui l’a inspiré, l’essai est agrémenté de cinq articles à l’intérêt variable. Il constituera néanmoins une très bonne introduction au genre de par les nombreuses œuvres citées.

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