Ambiance levé de soleil / E42 / pas grand monde sur la route, pied au plancher / Perspectives de réflexion / Sommes-nous condamnés à errer dans une région dévastée ? Quels idéaux soufflent sur nos contrées ravagées / Un virage mal négocié lors de l’entrée dans l’ère post-industrielle / Mais où donc se cache Edouard Close ? / Wallifornie mon amour.

L’été indien n’en finit pas de finir en cette glorieuse année 2014. On ne peut pas être tout à fait certain que le réchauffement climatique y soit pour quelque chose, surtout si on tient compte du fait que l’été se sera montré particulièrement pourri. Bah, toute manière, je n’y comprends rien et pourquoi évoquer ces jours maussades : aujourd’hui il fait beau, le soleil inonde totalement le pare-brise de ma Scenic noire et je fonce, comme d’habitude, à travers les campagnes éventrées par le highway Liège-Mons. Le temps du trajet, je vais traverser le territoire qui m’a vu naître. Conduire m’a toujours plongé dans l’introspection la plus totale. La stéréo crache le dernier Aphex Twin et, même si cette dernière galette ne m’a pas totalement convaincue, elle réactive chez moi tout un tas de souvenirs calés entre la fin des années 90 et l’ouverture du millénaire. C’est à ce moment que j’ai entendu pour la première fois le terme Wallifornie. Le mot, pourtant, fêtait alors ses 10 années d’existence.

Fin des années 80, la Wallonie enquille gueule de bois sur gueule de bois : les années fastes sont loin derrière et cela fait belle lurette que les bénéfices de l’industrie lourde ont été balancés à gauche à droite, sans tenir compte de lendemains qui déchantent. Ajoutez à cela une série de crises à répétition (dont on n’est toujours pas sorti cela dit) et vous aurez le panorama déglingué d’une région peinant à trouver le second souffle qui la projettera avec panache dans le 3ème millénaire. La Flandre, elle, ne souffre pas autant et donne plutôt des signes réjouissants de reprise. C’est à ce moment que Melchior Wathelet, 6ème du nom, choisit de balancer un concept en sorte de boutade :
La Wallifornie.

La genèse de Wallifornie ou quand Melchior se la joue roi-mage

A l’époque, il s’agit pour Melchi et son chef cab’ de l’époque, Gilles de Kerchove, de désigner un territoire à montrer en exemple, un Eldorado wallon dont on pourra extraire les conditions de réussite et les faire percoler sur l’ensemble de la région. La Wallifornie désigne alors une petite enclave baignant dans l’opulence : le Brabant wallon. Il faut dire que le duo est, peu ou prou, aux commandes de la Wallonie en tant que Ministre-Président pour l’un et meilleur fusible pour l’autre et qu’il devient urgent de faire un peu rêver les gens en leur vendant du soleil, de l’air frais et de la croissance retrouvée. L’exemple brabançon semble parfait en tout point. Malheureusement, le plan n’a pas vraiment fonctionné tant il semblait compliqué à faire avaler aux Carolos et aux Liégeois, encore tout groggy de voir les fleurons de l’industrie lourde se faire dépecer au profit des grands groupes mondiaux de l’acier. Le politique semblait sans réaction ou, du moins, sans poids réel face à ces monstres gavés de dollars.
Faute de matériau onirique, le terme s’effrite et retombe peu à peu dans les limbes.

1998 . Plein centre de la Burnin’ City. Une nouvelle scène musicale émerge des kots et appartements en colloc’ : l’électro prend pied en bord de Meuse et colonise doucement les endroits de fêtes tout en en proposant de nouveaux plus roots, plus excitants : les free parties. Parallèlement, le rap tente une percée avec des pionniers comme Starflam et trouve son public grâce à son côté genuine et brut de décoffrage.  Jusque là, pas vraiment de rapport avec Melchior Wathelet, la compétitivité économique et l’essor wallon.
Non en effet.
Enfin, si.
Dans la pure tradition des clivages West / East Coast, les Pavé, Sopranal et Party Harders déterrent la Wallifornie de sa concession. Plus question ici de pognon qui coule à foison, de marchés publics foireux teintés d’hélicos italiens ou d’horodateurs qui ne rendent pas la monnaie. Non, ici le terme se lit comme une farce et, en même temps, un signe d’espoir. Il fallait inventer une géographie, toute virtuelle fût-elle, pour que la nouvelle génération apprenne à évoluer dans un espace qu’elle rêvait différent, débarrassé des erreurs du passé, un territoire très réel celui-là : la Wallonie d’alors. Le début du 3ème millénaire fût une période faste pour le concept wallifornien. On l’utilisait à toutes les sauces et il vit même naître son antonyme, la Walbanie, territoire maudit peuplé d’assistés, de drogués, de filles-mères et de politiciens.

Back2Reality

2014. La Wallifornie ronronne. On sent bien qu’il aurait pu se passer quelque chose mais le soufflé est retombé. Faut dire aussi qu’une fameuse crise fédérale est passée par là, que la Région wallonne devient la Wallonie et se dote d’un logo dont on ne finira jamais de parler tant il symbolise une région, un esprit ; que la Communauté française se rebaptise Wallonie-Bruxelles dans un élan performatif comme si nommer le couple suffisait à en émoustiller les membres… D’un autre côté, la marque Belgique reprend du poil de la bête avec des Diables rouges au top et un Stromae, très francophone mais worldwide. Autant dire qu’il ne reste pas beaucoup de place pour notre terre promise. Mais… Retour sur l’E42 et fin de l’histoire. La Wallifornie existe bel et bien mais manque encore un peu de corps. Bien qu’elle s’ancre à présent dans quasi tout le tissu culturel wallon à travers des expériences, parmi d’autres, telles que Spray Can Arts, le groupe Pirato Ketchup ou l’artiste Frédéric Plateus, on peut se demander si le mouvement ne pourrait pas être encore plus puissant, comme une énorme lame de fond qui nous plongerait dans un bain de jouissance rédempteur. Ou peut-être que c’est déjà le cas et fourmillent en son sein une armée de jeunes excités enthousiastes et créatifs. Alors, il ne reste plus qu’à vous faire connaître : sortez de chez vous, enfants du pays et tendez vos visages vers le soleil wallifornien. Nous avons besoin de toutes les forces vives et ces pages sont le réceptacle de vos savoir-faire.
Qu’il est doux de pouvoir imaginer ces lendemains radieux où l’on sent sur nos corps le vent du Pacifique et les embruns salés. Qu’il est doux de pouvoir sortir nu sous le soleil, en bombant le torse et hurler à tout crin : « Wallifornia Über Alles »
Vous voulez contribuer à l’aventure wallifornienne ? Contactez-nous via ce formulaire

La photo (déjà culte) du Wallifornia Love est signée Ra Dok

Commentaires