Vieux Frères 2
3.9Quelques considérations inactuelles
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Boboïtude
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Gauche, droite. Haut, bas. Des faisceaux lumineux qui vont toujours plus vite sous nos yeux. Ils passent et repassent, contiennent des informations. Parfois nouvelles, parfois différentes. Moi, je préfère quand elles sont différentes. Etre libre de les saisir, de les entendre, de les apprivoiser et de faire en sorte qu’elles deviennent nôtres. Afin de pouvoir s’évader, de prendre pour notre compte ces informations qui, on l’espère, nous permettrons d’être en mouvement, à notre tour.

J’ai rencontré Fauve. J’ai rencontré deux des membres du collectif parisien qui fait parler de lui sans arrêt. J’ai rencontré deux artistes, deux jeunes artistes. Dans un petit café bruyant de Bruxelles. J’ai bu un coca light et j’ai écouté ces deux garçons me parler. Qu’est-ce que c’est Fauve ? Pourquoi ça existe ? Pourquoi ça existe dans l’anonymat ? Fauve, à quoi ça sert et pourquoi est-ce que ça a engendré le succès que nous connaissons aujourd’hui ? Pourquoi est-ce que, au fond de moi, Fauve fait naître des sensations, des émotions, des envies et des craintes ?

A la base, c’est cinq potes. Cinq personnes qui ne parle que d’une seule voix. Qui crient les mêmes choses, qui veulent se faire entendre pour les mêmes causes. Le respect comme code d’honneur, le respect avant toute chose. « L’objectif, c’est de laisser Fauve intact », m’ont-ils dit. « Fauve, c’est un accident, c’est quelque chose de beau qui doit rester beau. » Si, pour eux, c’est un accident, ça a été une collision existentielle pour moi.

Fauve, c’est une sorte de fatalité. Un truc qui, inévitablement, a été prédit et organisé par la divine providence. Au sein du groupe, personne ne commande. Personne n’a l’étiquette du leader ni même du petit suiveur. Fauve, c’est une démarche personnelle, qui, pour chacun, signifie quelque chose. Et comme par miracle, les pensées ont été faites pour s’intercaler. Les albums, pour le groupe, ça marche plus ou moins comme ça :

« – Je vais faire l’instru sur ce morceau parce que je la sens bien…

– Ah, parfait ! Montre vite fait ce que ça donne parce que j’veux faire la voix. »

Chacun son travail, chacun ses sentiments. Un des deux me dit « C’est un peu comme une bande de potes en vacances, et chacun décide ce qu’il va faire à bouffer pour le repas du soir. » Une ligne de conduite, une pensée. La même, plus ou moins pour les cinq.

Il y a dans ce groupe quelque chose d’encore plus magique que de créer des titres fabuleux par « pur hasard » C’est la volonté de rester soi en étant tout le monde. Tout passe et tout s’échappe, tout va vite. Le mouvement toujours, partout. Les états d’esprit fugaces et les humeurs changeantes. Les mal-êtres passagers et les vertiges momentanés. Fauve c’est eux, Fauve c’est moi. Fauve c’est quiconque a envie de devenir Fauve en écoutant Lettre à Zoé.

Cinq grands timides qui avaient des choses sur le cœur. Des choses à dire mais qui sortaient difficilement. Ne pas pouvoir mettre un visage sur Fauve, ça ne vient pas d’une quelconque magouille sortie d’un bureau de marketing. Inégal comme symbole, la volonté de discrétion comme protection. Une protection ou un moyen de se rassurer. Un moyen pour pouvoir déverser un torrent de mots, qui sans cela, aurait fait perdurer cette boule encombrante dans le fond de la gorge. Mettre les paroles en avant, mettre les autres en avant. La volonté de se faire invisible derrière ces parole, c’est brillant. Brillant, modeste, honnête, authentique. La volonté de montrer autre chose que soit, de véhiculer un message imposant, fort, prenant sans jamais dévoiler son visage. « C’est un terrain de jeu à part entière » qu’il a dit. On veut bien te croire !

Ils se sont embarqués dans Fauve comme on s’embarquerait pour les pays des Bisounours. Ils ne savent pas où ça va les mener, ni pour combien de temps, ni encore quelle est la prochaine carte à jouer. Eux même ne savent pas définir le groupe. Où sont les frontières ? Il n’y en a probablement pas. Alors est-ce qu’on va en mettre ? On verra bien si un jour on a plus rien à dire. « Ce truc là, comme ils disent, C’est éphémère. ». Un jour, on s’arrêtera et personne n’aura rien vu venir. Du jour au lendemain, on se contentera pour les restant de nos jours d’écouter Haut les cœurs en continu.

Ils divaguent, ils sont libres de tout arrêter quand ils le veulent. Libre de tout mouvement, libre de ne plus en faire un seul. Libre de constater qu’ils en ont assez fait et que c’est bon maintenant, on peu lâcher prise.

Sans vraiment le vouloir, ils sont la voix de la génération Y. Ils font partie de ces gens, qui permettent à d’autre de vivre un peu mieux, d’oublier les noirceurs de la vie et de laisser de côté une part d’anxiété, de trouble, de nervosité.

Et si Fauve nous a tant conquis, c’est parce que l’idée n’est pas banale : ce n’est pas juste deux trois titres à succès, c’est un univers entier, à part entière. De la vidéo, de la voix, du son, de l’interaction. Une histoire en continu qui prend différentes tournures, différents aspects. C’est linéaire, progressif, constant.

De cette originalité est née une vague de haine, de jalousie. Les haters ne peuvent pas s’empêcher de jalouser les plus malins qu’eux. Et les propos sont sans cesse les mêmes. La plus grande critique que l’on adresse à Fauve? C’est de faire du marketing. « Du marketing Fauve, alors. Parce que le marketing, c’est un terme qui veut à la fois tout dire et rien dire. Se construire une image par soi même et l’accompagner d’un message ne relève plus vraiment du génie de nos jours. » Fauve c’est de l’expression à l’état brut, des mots violents et porteur de sens. Des expériences et des projets. C’est ce qu’on écoute à tout moment, juste réfléchir ou se laisser divaguer. A ces rageux, Fauve répond simplement : « On a trop de truc à vivre pour se faire chier avec ça. »

Fauve me touche par leur modestie. Mais non, pas vraiment. C’est plus que de la modestie. C’est une sorte de naïveté. Si pour moi Fauve me permet d’identifier mes mal-êtres et peut être même d’extérioriser une partie de mes frustrations.

« Jamais on ne s’est dit qu’on allait écrire des morceaux et faire des albums parce que il y a besoin de dire des trucs à notre génération. » Il me lance ça, comme une bombe. Et je reste sur le cul. Je le regarde et dans ma tête je me dis simplement : « Arrête de te foutre de ma gueule. » Pour eux, Fauve c’est un confessionnal. Ils vident leur sac et jette ce qu’ils ont sur le cœur, mot à mot. C’est beau et poétique, ça sonne bien. Mais ça s’arrête là. « Quand on a sorti ‘Sainte-Anne’, on se disait que même nos potes n’écouteraient pas ça. » Là c’en est trop. J’hallucine.

Fauve raconte des morceaux de vie. De leurs vies. C’est autobiographique la plupart du temps avec la volonté de mettre le doigt sur quelque chose qui ne fait pas spécialement du bien et de le faire sortir. Fauve, c’est ni triste, ni sombre : juste des types bourrés de talent qui décident de raconter leur vie d’une façon un peu particulière. Une démarche franche et honnête basée sur un ressenti personnel. Le tout pour en arriver à des chansons qui se frayent un chemin jusqu’à notre cœur pour le faire vibrer.

Alors on ferme les yeux, et on ressent, on comprend.

Je suis amoureuse.

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