Boulimique de musique et de projets, Benjamin Schoos, alias le « Dandy Sérésien », connu jadis sous le sobriquet de « Miam Monster Miam », s’apprête à célébrer les dix ans de son label « Freaksville Records ». Géré depuis la banlieue liégeoise mais comptant des fans dans le monde entier !

Si, en Wallonie, on n’a toujours pas de pétrole… on a des idées et de la bonne musique. Exemple emblématique : Benjamin Schoos, chanteur au sein de divers projets, dont « Miam Monster Miam ». Mais aussi fondateur d’un label et gérant d’une société active sur tous les fronts de la clé de sol. « Nous allons bientôt fêter nos dix ans d’existence ! C’est incroyable ! C’est déjà une belle longévité. Chez « Freaksville », je suis mon propre boss, et j’adore ça ! De toute façon, je ne me plie pas facilement aux règles et ma musique ne rentre dans aucun format développé par les autres maisons de disques qui se partagent le marché. C’était donc plus simple de la mettre en vente grâce à ma propre structure. Et puis, j’aime bien bosser dans mon coin et à mon rythme. Ce qui serait impossible hors de « Freaksville ». Ici, si je perds du temps, c’est « mon » temps et « mon » argent. Je ne dois rendre de comptes à personne. En fait, je travaille lentement, car je suis un perfectionniste maladif. »

Vérification quand nous entrons dans les studios « SOS Recording » à Ans. Où Benjamin est en train de tester des micros pour voir lesquels il utilisera afin d’enregistrer une série de nouvelles chansons. Avec une patience de moine et une voix d’ange, il interprète le même morceau sans relâche, mais chaque fois devant un micro différent. Juste pour détecter les nuances du son délivré par chacun des appareils. Après une bonne heure de cet exercice, Mister Schoos sort de sa cabine d’enregistrement et nous rejoint pour un tour du propriétaire. « Nous ne sommes pas à proprement parler dans mon studio, mais je l’occupe presque tout le temps. Et une majorité des disques signés « Freaksville » ont été enregistrés ici. »

Comment est né ton label, « Freaksville » ? « J’ai monté « Freaksville Record » avant tout parce que je pensais que l’album que nous avions réalisé avec Jacques Duvall ne pourrait sortir sur aucun des labels de musiques francophones existants. Par la suite, nous nous sommes pris au jeu. Nous avons enregistré des disques avec Lio, April March, Mademoiselle Nineteen… et bien entendu aussi mes propres albums ! »

Le label te permets-il de gagner honnêtement ta vie ? « Je ne suis pas riche, loin de là. Mais ça va. Mes propres disques se vendent raisonnablement bien. Environ 4 à 5.000 exemplaires pour le nouveau « Beau Futur », sorti l’automne dernier. J’ai une base de fans réduite, mais fidèle. Cependant, la Wallonie, et même la Belgique, sont trop petites. Bref, j’ai vite compris qu’il fallait me bouger au-delà des frontières pour faire entendre ma musique. On me dit souvent que je suis l’exemple typique du petit Belge qui a réussi à l’étranger. C’est vrai. Mais c’était aussi une obligation. En Belgique, on peut donner au maximum dix concerts par tournée, et vendre quelques poignées de disques. Puis c’est terminé ! Des gens achètent mes disques dans le monde entier. Et je donne des concerts en Grande-Bretagne et en Asie. C’est grisant d’enregistrer des chansons à Ans et d’aller les chanter en Chine ! Mais je ne fais pas que de la musique, même si cela reste de loin activité principale… »

Que fais-tu d’autre?  « Nous travaillons par exemple avec des designers pour les images des pochettes. C’est une partie du job que j’adore. Nous avons aussi des deals de distribution pour d’autres labels. C’est-à-dire pour des disques que nous n’enregistrons pas. Mais pour qui nous assurons la communication, le marketing, et même la mise en vente. Je pense par exemple au label français « Gonzaï », avec qui nous collaborons selon ce schéma. Et puis, nous assurons aussi les podcasts de notre radio baptisée « Radio Rectangle », mettons notre savoir-faire de « community management » dans le secteur musical au service de musiciens ou de festivals… Bref, plein de choses… Et j’ai encore une tonne d’idées. Mais il n’y a que 24 heures dans une journée ! »

Quand il ne travaille pas d’arrache-pied, il est comment Benjamin Schoos ? « Un mec timide, un peu asocial. Pas très à l’aise en soirée. Je suis fort dans mon monde. Bref, si tu me mets dans un endroit que je ne connais pas, je ne vais pas être rassuré. »

Tu utilises aussi le « crowdfunding » pour tes projets… « Oui. Pour certains d’entre eux, en tout cas. Ce système permet de créer des liquidités que les banques ne t’accordent plus. C’est un système à utiliser avec intelligence. Croire que ça va nous sortir de la crise d’un coup de baguette magique tient de l’illusion. Mais cela peut en tout cas permettre de financer des projets artistiques et culturels. »

 Ton dernier gros projet en date était ton propre album « Beau futur » sorti l’automne dernier. Dans quel état d’esprit étais-tu au moment de l’enregistrer ? « Vu la crise que nous traversons, et la morosité ambiante, j’aurais pu sombrer dans le cynisme et le je-m’en-foutisme le plus total. Mais j’ai plutôt imaginé « Beau Futur » comme un album non-cynique. Autrement dit, j’ai vraiment eu envie de faire un disque positif. Encore plus travaillé et mieux ficelé. Quel que soit le secteur, je me donne de toute façon toujours du mal pour arriver à un bon résultat. »

Et tu es aussi exigeant avec les autres ! La légende raconte par exemple que tu as fais enregistrer Lio dans un studio gelé, en démolition, et qui sentait le rat crevé… « Je voulais surtout qu’elle enregistre là où on jouait ! Je ne dis pas que Lio est comme ça. Mais si tu mets des gens dans un endroit qu’ils connaissent, ils vont automatiquement effectuer les choses qu’ils savent déjà faire. Là, en l’occurrence, avec elle, on enregistrait un album de punk-rock. Et je me suis dit « On ne va quand-même pas aller faire ça dans un studio à 2000 Euros la journée ! ». Il se trouve qu’effectivement une vague de froid est arrivée. Et que le studio n’avait plus de chauffage… c’était très punk comme ambiance. Et le résultat est excellent ! »

Benjamin Schoos, c’est un style musical, mais aussi un style tout court… « Quand tu montes sur scène, tu rentres dans un deuxième habit. Et j’ai toujours aimé, dans le rock, ce truc grotesque de musiciens qui se déguisaient. Et qui paraissaient, après coup, « bigger than life ». Des mecs un peu freaks, quoi. Quand les groupes des années 90 ont débarqué avec leurs Jeans et leurs guitares, c’était un peu chiant à regarder. Quand j’ai vu débarquer Marilyn Manson j’ai apprécié, parce qu’au moins il avait un look. Même si je ne suis pas fan de sa musique. J’aime quand le show est porté par un artiste avec une image forte. Et moi, si je reste tel que je suis dans la vie de tous les jours en montant sur scène, autant qu’on aille boire un verre. » (rires)


Concerts à venir

Francofolies de Spa (« La Fête à Benjamin Schoos » avec une pléiade d’invités et de surprises) le 17 juillet.
Brussels Summer Festival le 19 août à 19h

L’actualité du label Freaksville est sur www.freaksvillerec.com et les autres services proposés par Benjamin Schoos : http://www.freaksvillemusic.com

 

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