Food porn, qu’on peut traduire par « des aliments tellement bons qu’ils sont excitants sexuellement» est le hashtag aux millions d’occurrences sur Internet. Il est facilement observable sur Instagram : sucrée ou salée, la bouffe s’étale et aguiche en une profusion de clichés étudiés. On ne se nourrit plus seulement, on jouit et on le montre !

La culture foodporn c’est ça : au départ moralisatrice et exemplative de ce qu’il ne faut pas manger, elle est devenue Désir. Là où montrer des culs et des seins n’a plus grand chose de transgressif, la foodporn réveille la libido des plus endormis : du gras, du sucre, de l’excès, tout ce qui contrairement à la cuisine-santé fait bander ! On partage, retweet, regram  au risque de parfois manger froid. On exhibe ses assiettes comme les pervers entrouvrent leurs impers. La différence c’est qu’ici, tout est consenti : derrière leurs écrans, les voyeurs se touchent le bouton like. Souvent amputé de son « ham » -sans aucune raison valable, ham ne se rapportant pas à jambon-, le burger en est le climax. Fuck la retenue : vive l’orgie de gras, de fromage qui coule, de viande saignante.

Histoire d’O de foodistos où l’orgasme est pixellisé, le burger représente parfaitement ce glissement du lit à la table. Il est le bon coup qui contrairement aux amant(e)s doué(e)s -quoique-, se partage entre initiés. Se mangeant avec les doigts, en contact direct et charnel, les buns moelleux évoquent des fesses dorées à souhait. Fourrées d’ingrédients divers, dégoulinantes de sauce, rondelles d’oignons suintantes – dois-je pousser plus avant la métaphore ? – elles font se pâmer des millions d’accros devant leur écran.

Certains ne feront que fantasmer en jouisseurs passifs, d’autres franchissent le pas de cet allumage virtuel. Ils désirent mais surtout ils consomment ! Rien de plus simple : dans n’importe quel boui-boui, routier, brasserie ou resto de luxe vous trouverez de quoi satisfaire votre faim de burgers, cheese classique, au poisson, au poulet, italien, grec, végé…

Internet a créé l’envie : grâce à lui, le burger est devenu sexy, s’est dés-américanisé et a atteint l’universalité.
Il est multiformes, comme le sexe.
Parfois réduit à sa plus simple expression, pain mou et steak anonyme dans un papier puant de graisse, c’est le plan cul, régulier ou pas, vite consommé, vite oublié. Élaboré avec science, il prend l’accent rital : un steak haché pur bœuf, scamorza à volonté, pancetta grillée, en compagnie d’ oignons caramélisés, rucola. Voglio scopare con te !

Quelquefois il titille le fantasme du retour au terroir, de la baise sauvage dans les foins : son pain de campagne toasté accueille une viande de Salers, sauce roquefort légère et des pommes de terres sautées à la graisse d’oie.
Le burger réécrit le kama-sutra culinaire, taquinant un cabillaud pané à l’anglaise cerné de morbier, d’une mayo aux herbes fraîches, le tout avec un bun de qualité.

Car oui, le burger n’est plus seulement fast-food, pain indu, viande incertaine (le spectre de l’escherichia coli)et tomate molle. Il est aussi synonyme d’aliments frais, choisis, osons-le : sains. C’est le paradoxe : la foodporn- malbouffe prend des accents terroirs et bio. Pour autant le burger ne doit pas devenir un attrape-bobos, qui sous prétexte que sa viande est maturée, ou son pain sans gluten peut se facturer à plus de 25 boules, sourire du serveur non-compris. Autre piège à éviter : la surenchère. Les burgers au foie gras, au homard, à la truffe trahissent ses origines modestes. Un bon, très bon burger c’est peu d’ingrédients simples mais au top, une juste cuisson, de l’assaisonnement. Et basta !

En matière de bouffe comme de cul, ce qui est efficace, ce n’est pas l’esbroufe, c’est la sincérité.
Alors le burger est-il meilleur que le sexe ? Je ne veux pas me prononcer mais c’est certain le burger et la porn food n’ont pas fini de nous émoustiller. Et plus si affinités.

 

Bonnes adresses liégeoises et bruxelloises :

La Frite, rue de la cité 5, 4000 Liège http://www.lafrite.be
La Fourchette égarée, foodtruck voir emplacements sur http://lafourchetteegaree.be
The Huggy’s Bar, Boulevard d’Avroy 122 , 4000 Liège   http://www.huggysbar.com
Hemgie’s Restaurant, Rue du Bailli 90, 1050 Ixelles http://hemgies.be
Café Gudule, rue de Gentilhomme 11, 1000 Bruxelles
Cool Bun, Place Stephanie, Rue Berckmans 341, 1060 Bruxelles http://www.cool-bun.be

@Lornifouin 31 ans, parisienne possède des slips avec des oreilles de chat et aime les anchois sauce piquante, ce qui n’a qu’un intérêt tout relatif : elle est surtout la tenancière de L’Ornithorynque Chafouin, (http://lornithorynquechafouin.blogspot.fr/) blog food décalé et drôle. Elle a gentiment accepté de nous filer deux recettes de burgers à faire chez soi. Pour les buns, sans aucun doute un des secrets d’un bon burger, on peut aller découvrir ses recettes à la même adresse.

Vous pouvez retrouver ces recettes ici et ici.

Bon appétit !

Photo credit : @lornifouin ©
https://www.facebook.com/lorni.thorynque.1?fref=ts

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