Une vérité qui dérange

On en parle aux quatre coins de la presse ces dernières semaines… J’ai lu pour vous Jamais assez maigre. Une autobiographie dans laquelle Victoire Maçon Dauxerre lève le voile sur le cauchemar qu’est le monde de la mode.

Prada, Miu Miu, Celine, Chanel, Hermès, Dior. Toutes ces marques de luxe font rêver le commun des mortels mais derrière les paillettes et les projecteurs, la notoriété et la réputation, les dirigeants de ces marques sont de vrais dictateurs de la mode.

Portrait d’un top-model mangé par l’anorexie

Victoire a 17 ans quand elle est repérée dans la rue par un chasseur de têtes d’une des plus grandes agences de mannequinat au monde, Elite Model. Il l’aborde et lui dit d’entrée la formule magique : Vous êtes la prochaine Claudia Schiffer. Victoire en rigole, accepte néanmoins de prendre sa carte, qui se révélera être un pass gratuit pour l’enfer. A ce moment-là, Victoire mesure 1m78 et ne pèse que 56 kg pourtant, au premier casting, elle ne sera pas assez maigre…

Premier casting. Victoire fait un 36 mais devra rentrer dans du 32-34 d’ici trois semaines. C’est alors qu’elle commence un régime inhumain : 3 pommes par jour et des boissons gazeuses, deux ingrédients qui coupent la faim. Et cette salope de voix qui hurle dans sa tête : arrête de manger, tu vas grossir, arrête de manger…

Les casting s’enchaînent. La Fashion Week de New-York approche et Victoire ne cesse de maigrir de jour en jour alors que son miroir lui renvoi l’image d’une grosse vache. Victoire atteint l’objectif ultime, la taille 32. Ce qui veut surtout dire que Victoire, 1m78, pèse 47 kg. Son IMC est de 15, ce qui signifie un état de famine. Mais Victoire brille de mille feux sur les podiums alors on continue.

Milan, New-York, Miami. Les plus grands créateurs la veulent, se l’arrachent. Et Victoire se rend compte de la chance qu’elle a. Elle parle d’adrénaline, de l’excitation qu’elle ressent avant d’entrer sur le podium, sous les projecteurs, sous tous les regards de la salle, d’enfiler des fringues de haute couture, le luxe ultime, le rêve éveillé. Victoire se contente toujours de ses 3 pommes par jour, ne sait plus lire un magazine, n’est plus capable de se concentrer sur une brochure. Victoire se détache petit à petit de son corps et d’elle-même.

victoire

« Des adolescentes que l’on prend pour des femmes sont traitées comme des objets. »

7 mois après ses débuts fracassants, Victoire se réveille mais son entourage ne la comprend pas. Pourquoi vouloir arrêter ce métier de rêve, de paillettes, de soie, de voyage, de succès? Au milieu de cet incompréhension, Victoire abandonne… tout. Victoire passe des podiums au lit d’hôpital.

Je suis une grande adepte des autobiographies alors, évidemment, je me suis laissée attirer comme un amant sur ce livre à la Fnac. J’ai découvert le bouquin de Victoire dans l’émission Sept à Huit et elle m’a convaincue. Je voulais tout savoir, tout connaître, tout découvrir de ce monde si peu connu mais tant médiatisé et embelli.

Jamais assez maigre se lit très vite et est emprunt d’une sincérité et une authenticité rarement rencontrée dans les bouquins. Victoire se couche sur le papier, sans tabou, sans secret, sans retenue. Elle nous dit tout, de A à Z. De sa petite culotte de petite fille au premier casting en sous-vêtement aux médicaments volés à son grand-père pour se faire des lavements à longueur de nuits. On a même droit à un dossier photo au centre du livre. Les photos sont soigneusement choisies, illustrent parfaitement ses propos, et nous plongent davantage dans sa vie qui n’en était plus une. Victoire raconte comme si elle avait toujours su qu’elle écrirait ce livre. On a l’impression de vivre chaque instant avec elle. On voudrait crier et qu’elle nous entende : MANGE !

telemundo

Le livre de Victoire Maçon Dauxerre est, une fois de plus, une dénonciation de ce monde qui acquière une réputation de plus en plus honteuse. Mais pas seulement. Jamais assez maigre est le cri d’une anorexique mangée par la maladie. L’anorexie est mentale et Victoire témoigne :

« L’anorexie est une maladie mentale. Elle est dans votre cerveau et vous donne une sensation de puissance incroyable. On contrôle tout. »

Vous l’aurez compris, si j’ai un bouquin à vous conseiller c’est bien celui-là. Je ne suis pas une grande lectrice et pourtant je l’ai dévoré. Jamais assez maigre bouleverse, remet en question, éclaire, effraie.

Pour vous donner un peu plus envie, je vous donne en bonus quelques témoignages, des mots que les plus grands créateurs ont dit à Victoire lorsqu’elle a dit stop à cet esclavage.

« Je suis triste mais aussi fière de toi. Si davantage de filles étaient comme toi, l’industrie serait bien meilleure… »

« Chère Victoire, tu es décidément une fille pas comme les autres et c’est très bien comme ça. Remplis ta tête déjà bien pleine, tu as fait le bon choix. »

« ça ne nous étonne pas, tu posais beaucoup trop de questions. Dans ce métier, il faut juste faire, sans se demander… »

« Victoire, je savais que tu n’étais pas comme les autres et que tu allais arrêter. »

Foncez l’acheter, le louer, l’emprunter, le dévorer, le manger. Peu importe, foncez ! Bon, si vous avez vraiment la flemme, voici un petit lien où vous aurez l’occasion de découvrir Victoire mais vous n’en saurez pas autant que dans le livre.

Allez, salut.

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