Avec ses tatouages ironiques et sa barbe de bûcheron surmontée d’une casquette Filles à Papa, Damien Aresta a la panoplie complète du hipster ardent. Jusqu’à sa, ou plutôt ses professions: d’aucuns sont comptable ou journaliste, Damien, lui, est slasheur. De là à dire, qu’il est un véritable cliché 2.0, la transition est tentante, mais ce serait faux.

A mille lieues des statements pseudo subversifs d’une génération biberonnée aux buzz éphémères, ses tatouages sont un véritable arbre généalogique d’encre sur peau.
Le « rolex » sur son poignet? Un hommage à son père. Ses dessins abstraits? Des œuvres de ses enfants, tatouées pour la postérité.

Et là où certain(e)s ont fait du statut de slasheur un manifeste à l’auto mise en scène, pour Damien, il s’agit plutôt d’une nécessité.Ce n’est pas sa faute, il ne peut pas s’empêcher de créer.
Dont acte: Damien est à la tête de la maison de disques indépendante « Luik Records » / de la maison d’édition de tirages d’artistes Ding Dong Paper / la maison d’édition « L’amicale Books » / le pop-up store bruxellois SUPER / le studio Please Let Me Design / et l’agence de représentation Agent Content. Un CV sous stéroïde qu’il est très difficile d’égrener sans respirer.

51600018Et pour être sûr de ne pas s’ennuyer, Damien est aussi le guitariste d’IT IT Anita, un groupe lancé il y a trois ans avec Mike, ex Malibu Stacy.

« Avec Mike, on avait toujours eu des affinités musicales, mais lui n’avait jamais réussi à aller dans cette direction avec Malibu Stacy, c’était beaucoup plus pop. Il y a trois ans, on était à un concert de BRNS au Live Club et on s’est dit que ça faisait trop longtemps qu’on en parlait et qu’il fallait se lancer ».

Le résultat : un groupe de post punk noise au nom résolument poétique.

51630004

« Une danseuse a gardé pendant longtemps un pote à moi. Elle avait une histoire incroyable : après la disparition de son amoureux, elle s’est fixée la règle de boire tous les jours une coupe de champagne et manger un pamplemousse pour essayer de redevenir heureuse. Et de changer d’amoureux tous les ans ».

Une philosophie de vie qui correspond bien à Damien, lui qui crée des projets comme il respire.
Mais sans en changer pour autant : s’il semble souvent porter la même sur les photos, il jongle pourtant agilement avec ses nombreuses casquettes.

Dont celle de fondateur de LUIK Records, maison de disque liégeoise et acte de patriotisme.

« LUIK Records, parce que Liège, parce que la Flandre, parce qu’au diable les frontières. Nous, on s’en fout, on veut juste faire des projets avec des gens cool. C’est notre manière de faire un pied de nez à l’espèce de guéguerre dont on nous rabat les oreilles ».

Bon sang ne saurait mentir : le premier vinyle produit par LUIK Records est celui de It It Anita. Enregistré par nul autre que John Agnello, le producteur américain prodigue qui a notamment travaillé avec Sonic Youth, Kurt Vile ou encore Bob Dylan. Excusez du peu. Et excusez Damien de ne pas s’arrêter en si bon chemin. L’Amicale Books, la maison d’édition « lancée par et pour des gens sympas » ? C’est lui.

51600024

« En 2012, j’avais envie de lancer un projet avec David Widart. C’est un super pote, et il prend de super belles photos. Comme on n’a pas trouvé d’éditeur preneur, je me suis dit pareil que pour LUIK Records : puisque c’est comme ça, je vais le faire moi même ».

SUPER, le pop-up shop bruxellois qui a mis en émoi les fans de déco et de hashtags? Lui aussi.

« On a lancé ça avec Julien, un ancien étudiant à moi qui voulait qu’on ait un projet ensemble. On était d’abord parti sur l’idée d’une galerie/librairie, puis on s’est décidés pour un espace où mettre des créateurs en avant ».

51600003

Ding Dong Paper, l’éditeur d’artistes ultra pointu qui propose de s’abonner pour recevoir chaque mois une sérigrahie numérotée? Encore lui.

« Plutôt que de faire comme tout le monde et aller acheter une photo chez IKEA, là, ça permet d’avoir une œuvre d’art accessible. On propose aux gens d’avoir chez eux quelque chose qui a du sens. C’est un concept qui est au cœur de tous mes projets, il ne faut pas seulement que ce soit beau. Le but n’est pas d’avoir un public niche mais bien d’atteindre le public le plus large possible.
On veut toucher le cœur des gens avec nos couilles
 ».

Damien, finalement, c’est un peu le Denver de la hype : il est trop cool et bien plus encore.

51610004It It Anita : http://www.ititanita.com/

Please let me design : http://plmd.me/

LuikRecords : http://luik.tictail.com/

Photos : Damien Aresta©

Commentaires