Jean-Yves Reumont est au Reflektor ce que le fantôme est à l’Opéra : une présence discrète et constante, qui ne raterait pour rien au monde le moindre event.

Tant et si bien qu’il est aisé pour le commun des Liégeois de le prendre pour un des leurs, un amoureux de musique transi venu contenter ses oreilles ici. Ce qu’il est au demeurant, mais bien plus aussi en même temps : avec son allure juvénile et sa dégaine de dandy, Jean-Yves Reumont est le Monsieur Loyal de la nuit.
JYR au ReflektorLa programmation pointue du Reflektor ? C’est en partie lui. Tout comme le line-up alléchant des TransArdentes, les grands noms qui viennent se produire en concert aux Ardentes, mais aussi au Ronquières Festival. Un tourbillon d’artistes et de son qu’il gère avec Fabrice Lamproye, le directeur artistique et créateur des Ardentes.
Et qui, comme souvent à Liège, a commencé dans un mic-mac de culot, de débrouille et d’amitié.

A l’époque, l’épicentre culturel de la génération Y liégeoise se trouvait à la Soundstation, gare réhabilitée où circulaient les DJs dans un brouhaha de beats électroniques. Parmi eux, le trio Elektrash, dont l’un des membres n’était nul autre que Jean-Yves Reumont.
« Le nom fait très 2005, mais à l’époque, c’était marrant, c’était supposé donner un côté second degré à ce qu’on faisait. En 2006, Fabrice, qui était le fondateur de la Soundstation, nous a contactés pour nous proposer de jouer à un festival qu’il organisait ». L’histoire d’amour brûlante de Jean-Yves avec les Ardentes était née.

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« On a dit oui, sans avoir aucune idée de l’envergure que le festival allait prendre. On ouvrait la Halle qui serait plus tard le HF6, on craignait de jouer devant une salle vide, et en fait, c’était bondé ».
Le virus ardent était ancré. « Après la première édition des Ardentes, la structure s’est professionnalisée. A l’époque, j’étais journaliste à Liège, mais j’ai pu rejoindre l’équipe du festival de façon permanente ». Pour ne plus la quitter.
Dix ans plus tard, la famille s’est bien agrandie.
« Avant, j’aurais dit que les Ardentes étaient la grande sœur, mais maintenant, c’est plutôt la maman. Les Transardentes, c’est la petite sœur un peu turbulente qui nous permet de tester plein de choses. Ronquières, c’est le cousin du BW, le Jazz à Liège, c’est un peu l’oncle plus âgé qui revient habiter avec sa famille, et le Reflektor, c’est le petit bébé qui demande beaucoup de temps et qui va encore grandir ».

jyr8822LOWUne croissance sur laquelle Jean-Yves veille. « Malgré les apparences, je ne fais pas tous les événements du Reflektor. Dans le cadre de mon travail rien ne m’oblige à y aller à chaque fois, mais forcément, la musique reste aussi ma passion ».
L’affiche ardente de rêve pour ce passionné ? « The Cure, c’est un groupe dont je suis hyper fan. Ce sont probablement les seuls pour qui j’hésiterais à franchir le pas aux Ardentes et à leur demander une photo. Je paierais pour reformer les Smiths. Niveau « artiste culte », je pense que Morrissey est probablement l’un des plus gros nom pop rock que les Ardentes aient accueilli. Pour le hip-hop, j’inviterais le combo Dr Dre avec Snoop Dogg, Eminem, et Kendrick Lamar. Puis pour terminer Laurent Garnier, un de mes Djs préférés, en after party ».
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Une affiche de rêve, face à laquelle les line-ups de dix ans d’Ardentes n’ont pourtant pas à rougir.
« Si on m’avait dit en 2006 que tous ces artistes viendraient à Liège, je n’y aurais pas cru. Dès la première édition, tous les agents ont remarqué que l’organisation était vraiment sérieuse, et au fil des ans, les Ardentes sont devenues un passage potentiel pour les artistes qui tournent en été ».
jyr6562bLOW Et si la team des Ardentes peuvent désormais se vanter d’avoir attiré des artistes aussi renommés que Placebo, Pharrell Williams, Marilyn Manson ou encore Patti Smith, ils ne se cantonnent pas aux valeurs sûres pour autant.
« C’est toujours gai de parier sur un groupe et de le voir exploser. Par exemple quand 1995 est venu aux Ardentes en 2011, on les avait contactés via Facebook, et maintenant Nekfeu est tête d’affiche. Paul Kalkbrenner est venu en 2009, avant la folie Berlin Calling. A l’époque, on l’avait programmé sur un coup de cœur, et maintenant, c’est une tête d’affiche aussi . Nous avons aussi accueilli Calvin Harris à l’époque où il tounrait encore avec un groupe live ».
Une évolution qui reflète joliment celle des Ardentes, à l’heure de souffler sa 10e bougie. Nul doute : le petit festival ardent est devenu grand.

 

Texte : Kathleen Wuyard
Photos : Goldo© et Jean-Yvers Reumont©

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