Tout le monde connaît l’adage : “Boire ou conduire, il faut choisir”. Avec Christophe, 47 ans, c’est un peu pareil sauf que la devise pourrait être : “travailler ou baiser, il faut s’organiser”.  Responsable des comptes de 14 pays européens pour une entreprise pétrolière, Christophe court toujours. Pas après les filles, mais après son temps. Portrait d’un sugar daddy.

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C’est un peu sur base de ce triste constat qu’il a décidé d’adapter ses relations sociales à son mode de vie hyperactif. “Quand je jette un regard sur les 20 dernières années, je me rends compte que la poursuite acharnée de mes buts professionnels a eu un prix : ma solitude sentimentale”, explique-t-il. Christophe se retrouve devant le miroir et regarde en face son quotidien. “L’engagement dans une relation stable nécessite plus d’une journée de présence hebdomadaire. Ma situation professionnelle ne me permet pas une relation sentimentale « comme les autres »”.

 

Dépité, il se tourne vers d’autres alternatives. En début 2016, il tombe dans la presse sur un article concernant le sugar dating. Plusieurs sites de rencontre ont vu le jour, notamment celui de sugardaters.be. Ces sites définissent les principes de cette relation quelque peu spéciale. “C’est l’homme qui gâte, prend soin et chouchoute la vie de la femme. En retour, celle-ci peut se focaliser sur son rôle de femme et prendre soin de l’homme avec qui elle est”, peut-on lire sur la page d’accueil du site internet. D’autres initiatives du même acabit sont plus directives encore : “Un arrangement est pris lorsque les gens sont directs entre eux et qu’ils arrêtent de perdre du temps. Il permet aux gens de définir immédiatement ce dont ils ont besoin et ce qu’ils veulent dans une relation. Nos profils permettent aux membres d’indiquer sans efforts leurs attentes. C’est ce que nous aimons appeler des Relations Selon Vos Conditions”.

 

Malgré ces conditions qui feraient raidir les poils des aisselles d’une féministe, Christophe décide de tenter l’aventure. “L’instabilité liée à ma situation professionnelle est certainement ce que vous pouvez considérer comme « marginal ». Être un Sugar Daddy n’est pas une fin en soi, ça m’apporte essentiellement du plaisir dans la vie. Le fait que je côtoie des femmes attirantes, intelligentes et élégantes est en effet source de plaisir”, confesse-t-il. “Oui, je suis fier de prendre du plaisir dans la vie”, rétorque-t-il lorsqu’on l’accuse d’être un mac à l’affût d’un cul.

Sugar daddy vs sugar baby

Un planning conciliant

 

C’est véritablement l’opportunité de créer des interactions sociales qui ont été le moteur de sa transformation. D’inadapté social, il est devenu un Sugar Daddy. “À l’heure actuelle, je comble mon manque d’affection grâce aux huit Sugar Babies que je vois régulièrement. Elles sont Suédoises, Espagnoles, Norvégiennes, Tchèques, Ukrainiennes, Lithuaniennes, et deux d’entre elles sont Belges. Leur présence partout en Europe se concilie très bien avec mon agenda professionnel”, ajoute le quarantenaire. “Concrètement, lorsque je pars en déplacement, je contacte la Sugar Baby que je connais qui est sur place. En d’autres termes, je planifie mes rendez-vous en avance en fonction de mon agenda professionnel. Je ne peux pas me permettre de prendre le temps de rencontrer une fille sur place, d’aller à un premier, deuxième et troisième rendez-vous lorsque je ne reste que quelques jours au même endroit.”

Concrètement, Christophe n’aime pas perdre de temps. Son boulot lui en bouffe déjà assez, il préfère aller directement à l’essentiel. “La plupart des filles sont actuellement vers la fin de leurs études et ont entre 24 et 27 ans. Ce qui m’attire chez une Sugar Baby, c’est l’esprit libre de ces jeunes personnes, combiné à leur curiosité et leur spontanéité. J’aime me réveiller sans savoir ce qui arrivera et c’est une chose qu’une Sugar Baby peut m’apporter. Un jour, au réveil, avec spontanéité, nous avons décidé de partir en week-end en Espagne avec une Sugar Baby Ukrainienne, sans planifier ni se soucier de quoi que ce soit. Ce ne serait pas quelque chose qui arriverait avec une épouse de 45 ans et 3 enfants. Croyez-moi”, se justifie-t-il.

 

Finalement, cette spontanéité et ces attaches limitées sont ce que rechercheraient la majorité des mecs durant leur vingtaine, moi y compris. Christophe réinvente Tinder à sa manière. C’est comme si à chaque fois qu’il swipait, il faisait toujours un carton. “J’ai le luxe d’avoir le choix et je vous avoue que je ne m’en prive pas. Ce sont en général des filles élégantes que je choisis. Pour résumer, ce sont des filles sur lesquelles beaucoup d’hommes se retournent”. Je te comprends Christophe, tant qu’à choisir, autant se faire plaisir !

“Mon meilleur souvenir, c’est avec Annika, une Sugar Baby Finlandaise que je n’ai vu qu’une fois. Après un repas au restaurant, nous avons continué notre rendez-vous dans la suite d’hôtel que mon entreprise m’avait réservée. Elle a suggéré que nous y prenions un bain de chocolat. L’érotisme de cette journée reste gravé dans ma mémoire”, plaisante l’homme d’affaires.

 

Et ces relations sont rythmées par des préceptes. “Ce que je recherche avant tout, c’est le fait de passer des moments agréables avec elles. J’attends de mes Sugar Babies qu’elles m’accordent de leur temps : on visite de nouveaux endroits, on sort le soir et on passe des moments intimes”. En échange, Christophe la comble de cadeaux. “C’est assez difficile de donner une valeur monétaire exacte de l’argent que je dépense pour mes Sugar Babies. Je dirais que si je passe une semaine dans un endroit, je dépense environ 2.000 euros pour la fille avec qui je suis, incluant cadeaux, nuits à l’hôtel et l’argent que je leur donne. Bien sûr, ça dépend du pays et c’est très variable. En général, les filles aiment aller faire du shopping, se faire offrir un sac à main ou une nouvelle paire de chaussures, en échange de la compagnie qu’elles m’offrent”, analyse ce grand rêveur.

 

Mais avant d’être comblé par sa situation, Christophe a vécu également plusieurs échecs. “Bien sûr, je suis tombé sur des chercheuses d’or et des « Escort déguisées », intéressées uniquement par mon compte en banque et ne voulant rien d’autre que de coucher avec moi. C’est aussi un problème auquel j’ai été confronté sur des sites traditionnels, lorsque j’évoque ma situation professionnelle. En règle générale, les conversations que j’ai avec les Sugar Babies que je rencontre ne se concentrent pas directement sur le sexe, mais sur nos points communs, nos passions, … J’aime les femmes attirantes, certes, mais le physique en lui-même ne constitue pas l’essentiel pour que je sois attiré par une personne. Il faut qu’elle me prouve qu’elles s’intéressent à moi et qu’elles soient intéressantes en retour. En général, les Sugar Baby sont étudiantes et ne comptent pas « faire ça » toute leur vie”, avoue-t-il.

sug-daddy

Confronté à la réalité

 

Quand on aborde le côté illusoire de ce type de relations, Christophe monte au créneau et ne se laisse pas faire. “L’avantage du Sugar Dating, c’est que ce type de rencontres comble le fossé qui existe entre Escort girls et relations traditionnelles. Je ne veux ni d’une relation purement basée sur le sexe, ni créer une famille. Ce sont respectivement les seules choses que ces deux types de relations peuvent m’offrir. Est-ce pour cette raison que je dois rester seul ?”, martèle-t-il. “Dois-je quitter mon travail pour ne pas vivre seul ?”.

 

Finalement, cette réflexion un peu fleur bleue de Christophe me touche profondément. Ne sommes-nous pas tous candidats au bonheur ? Est-ce que concrètement ça m’emmerde vraiment que Christophe vive sa vie comme il l’entend ? Non. La société poussant de plus en plus à l’hyperactivité et à l’hyperconnection n’est-elle pas en train de tuer les relations traditionnelles ? Qui aujourd’hui a encore comme idéal la famille nucléaire ? Dans quelle mesure cet idéal est-il encore réalisable ?

 

En tant que membre de la génération Y, mes ambitions professionnelles ne sont plus celles auxquelles aspiraient mes parents. Faire 30 ans dans la même boite ? Plutôt crever ! Mon absolu se résumerait en plusieurs vies professionnelles, me forçant à résumer mon temps libre à des pauses toilettes et à des moments d’égarement sur le web. Ma manière de vivre n’est-elle pas en train de me refuser la possibilité d’une relation traditionnelle ? Pourrais-je être un jour attiré par ce type de service ? Rien n’est plus aussi noir et blanc. Christophe, malgré son âge, n’est-il pas un exemple de ce que je pourrais devenir après ?

 

Et lorsque je demande à notre Sugar Daddy de faire le bilan il me rappelle, une fois encore, son contexte particulier, celui dans lequel il vit et qui a influencé tous ses choix. “Quoique l’opinion publique puisse penser, il faut que les gens prennent en considération le fait que nous vivons dans une société où les relations « traditionnelles » ne sont pas possibles pour certaines personnes”, se défend-il. “Je pense que c’est un phénomène qui commence à grandir, mais qui, du moins aux yeux de la société occidentale, ne trouvera jamais de place purement légitime et sera toujours controversé. Il y aura toujours une opposition à ce que les gens appellent la « prostitution déguisée »”, analyse-t-il avec recul. “Certaines personnes m’ont bien évidemment jugées et je comprends pourquoi. Je leur réponds simplement que nous n’avons pas la même situation professionnelle, que chaque jour à 18h, ils rentrent chez eux et ont la soirée libre. C’est en effet un contexte dans lequel on peut entretenir un mariage. Je passe en moyenne deux jours par semaine chez moi, je ne pense pas que cela puisse durer dans ces conditions”, conclut-il.

 

Quand j’évoque avec Christophe l’avenir, ce dernier est encore incertain sur la tournure que prendront les événements. “C’est très difficile de dire que j’utiliserai ce site d’ici une quinzaine d’années, alors que je ne sais pas si cela sera toujours le cas dans un an. Mais voilà, si je ne me lasse pas, pourquoi pas ?”, s’interroge le Sugar Daddy.

 

Ce dernier me permet de me remettre en question également sur moi-même. Qu’ai-je envie vraiment pour mon avenir ?  Ne devrais-je pas rectifier le tir et revoir mes priorités ? Qu’est ce qui compte le plus pour moi ? Suis-je prêt à devenir marginal moi aussi ?  Qu’est ce qui compte le plus pour moi, bon sang ? Est-ce que la société et le regard des gens vont me dicter ma vie ? Auront-ils raison de mes écarts ? Vais-je devenir un père de famille comme les autres ? Vais-je accepter le métro-boulot-dodo, cette routine qui me dégueule littéralement quand je la retrouve bien intégrée chez les gens ?

 

En y réfléchissant bien, je pense en être aussi un. Je suis le Sugar Daddy de mes nombreuses vies et aspirations. Chacune d’entre elles m’apporte énormément et me nourrit jour après jour.  Je veux tout voir, tout comprendre, tout réaliser, tout apercevoir. Et avec du recul, je n’ai qu’une seule chose à vous dire : laissez-moi le choix, le choix de ma vie, le choix de choisir tout simplement.

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Texte : Sébastien Porcu
Photos : GQ & sugardaddysite.org©

 

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