Que reste-t-il de freak dans l’industrie de la musique en 2016 ? Entre rockeur schizophrène et bioman punk, pop star virtuelle japonaise et docteur Maboul tchèque, petit tour du monde à la recherche des derniers cinglés.

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Tat2noisact

Ils sont belges. Ont un son qui oscille entre punk, noise, hardcore et même parfois afrobeat. Mais ont surtout pour particularité de garder des souvenirs indélébiles de chacun de leurs concerts. Comme leur nom le laisse sous-entendre, les Tat2noisact ne se font ni plus ni moins que tatouer pendant leurs prestations scéniques. Autant de « célébrations d’une énergie brute produite pas la douleur et le bruit ». Les Bruxellois veulent redonner un sens primitif au fait de se marquer la peau et parallèlement confient à leur musique une étrange animalité dessinée par le son des machines. Fais-moi mal. Les Tat2noisact ont un beau jour été jusqu’à tatouer sur scène un de leurs fans (qui, prévoyant, le leur avait demandé à l’avance). Ils lui auraient dessiné un lingot d’or sur les testicules…

http://tat2noisact.jimdo.com/


Ken Chinn

Punk métis dans une ville raciste, homo chi-pig-520x292autoproclamé dans un milieu particulièrement musclé, Ken Chinn, alias Mr Chi Pig était avec son groupe SNFU l’un des piliers du skate punk canadien dans les années 80. Toxico pluridisciplinaire, il a tourné SDF et suicidaire et aurait probablement terminé sa vie sur le trottoir ou dans une benne à ordures si sa mère, défunte, ne l’en avait extirpé en se promenant dans ses rêves. Chinn a accidentellement un jour filé un coup de boule à un de ses fans pendant un concert. « Mon crâne s’est brisé en deux, expliquait-t-il sur Arte au magazine Tracks. Ce moment a changé toute ma vie. Je me suis retrouvé chez le psychiatre et il m’a dit : « On a de bonnes raisons de penser que vous êtes schizophrène. Ça veut dire qu’il y a deux toi !» Sa réponse ? « Tu te fous de nous!»

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Peelander-Z

Ce sont les Power Rangers ou peut-être plutôt les Bioman du punk. Le freak, c’est kitsch… Groupe japonais installé à New York depuis la fin des années 90, Peelander Z (aujourd’hui apparemment ancré autour de Jaune, Vert et Rose) a le cheveu et le costume assorti. Ces grands fous qui se déguisent en tigre comme en Playmobil aiment faire des solos la tête en bas et jouer au bowling humain.  Un documentaire, Mad Tiger, sorti cette année, raconte à la manière d’un documentaire animalier les tumultes à l’intérieur du groupe avant et après le départ de Force Rouge… Jap attack.

https://peelander-z.bandcamp.com/

 

Jean-Louis Costes

« Vomir, crier, chier, c’est la base de tout. » costes-portraitSexagénaire, jadis étudiant en architecture, issu d’un milieu petit bourgeois, Jean-Louis Costes est une espèce de GG Allin français. Le Parisien qui s’est fait une spécialité des opéras pornos sociaux (des comédies musicales trash et violentes) a fait jouer la vierge Marie par une poupée gonflable, donné des titres à ses albums (il en a des dizaines) aussi dingos que Déguisé en Ben Laden, DJ de merde et Un Sparadrap sur l’anus. Et aurait glissé des cheveux, du sperme et du sang lui appartenant avec son CD Cul Crucifié. Perfomer des bas-fonds, exhibitionniste hystérique, poète pornographe, ce roi de la provoc aime explorer les recoins les plus reculés de l’humanité. Musicien, dessinateur, écrivain, performeur, comédien, Costes a même joué dans le Irréversible de Gaspar Noé et le Baise-moi de Virginie Despentes. Trou du culte…

http://www.costes.org/

 

05-jan-strmiskalowJan Strmiska

Ancien journaliste, Jan Strmiska, aussi connu sous le nom de Jan Poope, est aujourd’hui un artiste touche à tout complètement barjot qui a apporté une drôle de contribution à l’histoire de la musique. Autodidacte et explorateur kamikaze, le Tchèque est l’inventeur de l’Audiopill. Une pilule (huit grammes et 35 mm de long) qui vous balance du son dans les intestins pendant dix heures. Un système qui envoie des basses dans tout votre corps y vrombit en rythme en fonction du morceau sélectionné. No Pussy Blues de Grinderman, I FINK U Freeky de Die Antwoord ou Bad Girls M.I.A. Avant d’essayer cette œuvre hors du commun créée par un homme qui coule des viscères d’animaux dans de la résine au beau milieu de son salon, parlez-en quand même à votre médecin… Strmiska a lancé une campagne de crowdfunding pour financer le développement de sa pilule mais décline d’ores et déjà toute responsabilité en cas de soucis.

http://www.audiopill.net/en/

 

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Hatsune Miku

Adolescente d’1m58 et de 42 kg, 16 ans et des couettes bleu turquoise, Hatsune Miku est l’une des mascottes de la pop japonaise. Sauf qu’Hatsune n’existe pas vraiment. Créée par le développeur Crypto Futur Media, Hatsune est une vocaloïde. Un joli monstre (mais un monstre quand même) dont les internautes se servent de la voix et de l’image pour interpréter des reprises ou des chansons de leur propre composition. En 2010, la diva virtuelle s’est hissée en tête des ventes de disques au Japon avec une compilation de ses plus grands succès. Elle remplit des stades en Asie comme aux Etats-Unis, fait l’objet de jeux vidéos, est devenu l’héroïne de mangas (non officiels) et possède même des figurines à son effigie. Beautiful freak.

https://www.facebook.com/HatsuneMikuOfficialPage/

 

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Dookoom

Une de leur chanson qu’on pourrait traduire par « Hé patron, va te faire enculer ! », a tellement scandalisé AfriForum, une association qui défend les droits civils de la population blanche, qu’elle a demandé son retrait pur et simple de YouTube. Faut dire que le clip mettait en scène des gens de couleur armés de fourches et tracteurs qui s’apprêtaient à raser la ferme de leur boss… Beats et paroles agressives, synthés tordus… Dookoom, projet d’afro punk hip hop pyromane qui préfère faire dans la machette que dans la dentelle, est le groupe le plus redouté d’Afrique du sud. Une réaction au chaos du pays dont il ne sait pas si le plus grand fléau est le sida ou l’homme blanc. Ses morceaux en anglais, afrikaan et sabela (langage codé utilisé par les gangs en prison) parlent d’addiction, de sexe, de colère révoltée et piétinent le mythe de la nation arc-en-ciel façon Nelson Mandela. Cerise sur le ghetto, Dookoom, composé du rappeur Isaac Mutant, du producteur Human Waste (Déchet humain) et de la VJ belge SpoOky est dépeint comme «le plus vil émissaire du gangsta rap actuel.»

https://soundcloud.com/dookoom

 

Gonjasufi

Surfer mystique prof de yoga (pratique qui l’aurait libéré de l’alcool et de la cocaïne), Gonjasufi s’est un peu perdu depuis son formidable 08-gonjasufi_a_mg_5811lowpremier album A Sufi and A Killer. Il n’en demeure pas moins un fameux zozo. Le genre de mec qui prélève une bouteille d’eau dans l’océan pour la faire boire aux sables du désert (qui l’en auraient remercié) et qui aurait vendu son sang pour se payer de la came. Gourou rasta, guide mystique, ce protégé de Flying Lotus, amoureux des promenades solitaires dans les grandes étendues ensablées, restera pour ce disque de freak, trip cosmique entre psychédélisme malade, soul maboule, hip hop vicié et influences moyen-orientales…

http://www.sufisays.com/

 

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Gulaggh

Qualifié par le New Musical Express de groupe le plus extrême et inécoutable de tous les temps, Gulaggh, qui a commencé sa carrière sous le nom de Stalaggh, rassemblerait des Belges et Hollandais (leur identité n’a jamais été dévoilée) complètement givrés. Gulaggh fait du black metal noise ambient qu’il saupoudre d’un tas de bruits inquiétants. Travaille avec des patients d’hôpitaux psychiatriques (ils ont mis un an pour obtenir les autorisations nécessaires), des victimes de viol et des anciennes prostituées dont il enregistre les cris. Gullagh, sujet à une fascination morbide (il s’est lancé sur une trilogie consacrée aux camps de travail russes), a notamment bossé avec un homme institutionnalisé pour avoir tué sa mère de trente coups de couteau. Et bien, flippez maintenant…

http://www.last.fm/music/Stalaggh

 

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Fat White Family

« Ils sont encore plus laids qu’avant, avait prévenu avant un de leurs concerts au Pukkelpop un responsable de leur maison de disques. Je pense qu’ils ont encore perdu des dents. » Affreux, sales, drogués, exhibitionnistes et un peu méchants (ils se tapent dessus sur scène quand ce n’est pas dans les couloirs du Bota), les Anglais de la Fat White Family sont pour l’instant l’un des groupes les plus dangereux d’Angleterre. Les Fat White sont la BO d’un monde occidental en pleine décomposition. Fêtent ouvertement la mort de Margaret Thatcher, sont fascinés par les tueurs en série et les dictateurs et menacent de rejoindre l’Etat islamique si Mac DeMarco n’arrête pas la musique. « Nous sommes perdus. Il ne nous reste plus qu’à chanter notre déchéance et à danser au son de notre déclin. »
(NdE : vous pouvez également retrouver l’interview de ces joyeux lurons par Now Magazine ici)

https://fatwhitefamily.bandcamp.com/

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Texte : Julien Broquet
Photo credit : Pierre Ghysens / VANS© 

 

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