L&M est une nouvelle originale écrite par notre Grand Timonier / Maître suprême / rédacteur en chef Helmond Bastard et illustrée par Pascal Braconnier (un autre sbire, comme moi). Vous en découvrirez un extrait chaque jour de cette semaine de fin d’octobre. Bonne lecture !

 

Across Wallifornia

L & M

Texte : Helmond Bastard – Illustrations : Pascal Braconnier

 

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L.

 

Aube déchirante et éclats de lumière. Je suis dans cette suite, au Crowne Plaza, quelques centaines d’euros dispersés pour quelques minutes de jouissance. Ai-je jouis ? Le dessus de lit est souillé. Quel rituel démoniaque s’est déroulé ici, au beau milieu de la Cité alors que je tente, seul, de m’extirper de ces draps gluants ? Quelles distractions antiques ont été organisées dans illu3ce temple de luxure et, surtout, qu’avons-nous absorbé pour que les souvenirs se tapissent aussi loin, dans les tréfonds de notre cortex, et veuillent à tout prix rester enfermés dans cette sombre geôle ? Le pluriel suppose le nombre mais où sont passés les autres ? Qui était avec moi ? Fondus instantanés & coupes nettes : une table parsemée de C, des bouteilles vides de L.R. Cristal 2002. Et puis les basses…
Précises.

Chirurgicales. Omniprésentes. Elles sont distillées par la stéréo, quelque part dans la chambre, et provoquent de larges afflux sanguins, dans ma tête et dans mon ventre. Flashbacks.

Tout ce qu’il reste sont ces entailles béantes dans mes membres scarifiés.

Une fois de plus, l’homme blanc s’est donné sans compter et a dispersé ses offrandes sur l’autel de la Conviction. Il ne reste plus que moi,  prêtre grotesque supportant la honte de n’être écouté par personne, prêchant pour lui-même, expurgeant sa colique verbale au milieu d’un oratoire à 885 € la nuit. Au moment où je me décide à quitter les lieux, M. sort de la salle de bain.

 

***

 

Le paysage défile par la fenêtre,  ma tête plaquée contre la vitre.  Je stoppe la voiture, M. en descend. D’où vient cette fille ? Je devrais me souvenir. D’habitude , je me souviens toujours. Nos chairs se sont croisées. Encore que. Je ne suis sûr de rien. Les lumières de la ville se découpent en intermittences incandescentes, improbable horizon constitué de kaléidoscopes fantasmés et moi, toujours collé à cette paroi de verre. M. fume calmement dehors. Elle n’a pas bougé. Elle se contente de téter son mégot en regardant devant elle. Parfois, elle jette un œil vers moi. Depuis combien de temps sommes-nous arrêter ? Certains sons me reviennent nettement, des paroles incrustées. Retours inopinés sur des fragments d’image.

(à suivre…)

illu1

 

 

 

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