L&M est une nouvelle originale écrite par notre Grand Timonier / Maître suprême / rédacteur en chef Helmond Bastard et illustrée par Pascal Braconnier (un autre sbire, comme moi). Vous en découvrirez un extrait chaque jour de cette semaine de fin d’octobre. Bonne lecture !

Across Wallifornia

L & M

Texte : Helmond Bastard – Illustrations : Pascal Braconnier

***

 

Je ne sais plus trop bien ce que l’on fêtait hier soir, mais nous l’avons fêté. J’ai rencontré JC, un gars avec qui j’ai trainé un peu, il y a quelques années. Il se trouve qu’on est voisin : il habite dans l’immeuble en face, de l’autre côté du boulevard. On a parlé. Que faisait-il là ?

J’ai entamé la conversation parce que je ne supporte pas les vides.

–  Tu deviens quoi ?

– Artiste. Tu sais, je peins maintenant. Tout le temps.

– Bien. C’est bien. T’as raison : faut faire son truc.

Pourquoi j’ai dit ca ?

illu1Aucune idée. Ca m’a parût opportun sur le moment. J’aurai voulu qu’il me paye un verre parce que je me suis intéressé à lui et je n’y étais pas obligé. C’est l’usage, non ?

–  Et toi, me dit-il ?

– Tu connais M. ?

– Bien sûr.

Il s’est assis auprès d’elle. Elle me fusillait du regard et je comprenais. Ce mec ne l’avait jamais vue et voudrait, probablement d’ici peu, jouir dans sa bouche en guise de préliminaires.

Un morceau sortait des baffles. Merde, comment s’appelait ce groupe déjà ?

 I say don’t you know

You say you don’t know

I say… take me out *

Pas moyen de retomber sur le nom et cela va me préoccuper tout le chemin qui mène du bar aux toilettes hommes. En ce moment, les chiottes sont devenues un véritable place-to-be. C’est le passage obligé pour tout qui veut se placer sur orbite, s’aligner les rails et commenter la vie culturelle de manière plus ou moins avisée. Parfois, on croise des mecs qui viennent simplement pisser. Mais, a priori, on vient d’abord aux gogues pour descendre une latte tout schuss puis, seulement lorsque les neurones pétillent, on se laisse aller aux penchants plus naturels. Je ne m’explique pas vraiment le pourquoi. C’est juste comme ça. La nature change de camps.

If I move, this could die
If eyes move this can die…

 En revenant au bar, je remarque directement mon camarade vaguement artiste, vaguement mon pote, faire une approche assez grossière sur la cuisse de M. Elle ne bouge même pas, trop dépitée. Trop fatiguée. Les filles ont tellement d’avance sur nous en matière de relations sociales. Mais là, le manège est énorme : JC met la main à son portefeuille, lui montre l’intérieur et se barre, bras dessus, bras dessous avec M.

I want you… to take me out

Je regarde le mur en face de moi. Je vois mon reflet, il y a des miroirs partout. J’ai bien le temps de voir mon visage se refléter et je comprends alors d’où je la connais. C’est une pute. Pas étonnant, vu ma gueule…

I know I won’t be leaving here
With you

 

*  Franz Ferdinand – Take me out (à suivre…)

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