L&M est une nouvelle originale écrite par notre Grand Timonier / Maître suprême / rédacteur en chef Helmond Bastard et illustrée par Pascal Braconnier (un autre sbire, comme moi). Vous en découvrirez un extrait chaque jour de cette semaine de fin d’octobre. Bonne lecture !

Across Wallifornia

L & M

Texte : Helmond Bastard – Illustrations : Pascal Braconnier

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L.

 

J’ai quitté le bar. Je suis rentré, me suis vautré dans le canapé.

J’allume la télé. Infos en continu. Du temps passe. Les infos restent.

illu1J’éteins la télé. C’est bizarre, le JT : pendant toute la première partie de son existence, on n’y prend pas garde. Comme si la vie pouvait nous couler dessus sans que cela puisse avoir la moindre conséquence. Puis les années passent et on jette un œil distrait à la valse des informations, on s’intéresse aux différentes causes qu’on viendra, tôt ou tard, à défendre : pour exister, il n’y a pas d’autre choix que de participer un minimum à la vie de la Cité. Ca tombe sous le sens. Quel symbole incarne les valeurs les plus nobles d’Homo Domesticus ? Les news. Abreuvé depuis toujours aux sources cathodiques, il ne nous vient même plus à l’idée de trier les données qui nous parviennent : on avale et on commence doucement à avoir peur. Tout devient agression : une claque qu’on se reçoit de volée.

Les quartiers, BAM!

Les drones, les autres, les pauvres, BAM, BAM, BAM !

Uniformisation. Absorption. Rejet. Les trois étapes essentielles d’une méthode globale mise au point pour faciliter la régulation des âmes. Je n’ai qu’une faible conscience de ce phénomène à cet instant. Je ne sais pas comment formuler mon malaise.

A l’évidence, on nous cache quelque chose. Un secret immense, dont la révélation devrait entraîner une panique indescriptible, peut-être même la destruction de la civilisation.

Pourquoi les journalistes catapultés à la télé sont-ils les pions centraux d’une machination à l’échelle planétaire ? Sont-ils seulement conscients du rôle qu’ils jouent ?

Sont-ils humains. Sommes-nous réels.

Trop confus. Il faut me concentrer. Du focus, nom de dieu!

J’en trouve dans ma poche, l’étale sur la table en verre du salon et dérape sur 10 centimètres par narine. L’effet est immédiat.

Plus moyen de dormir. J’ai envie de baiser. Cet enculé de JC qui s’en donne à cœur joie avec M. Pourquoi je l’ai laissée filer ?

Je sors prendre l’air.

Je trouve M. un peu plus loin, dans le square tout proche de mon appart’. Je l’invite à monter. On baise. Tout vient à point, etc.
illu3
(à suivre…)

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