L&M est une nouvelle originale écrite par notre Grand Timonier / Maître suprême / rédacteur en chef Helmond Bastard et illustrée par Pascal Braconnier (un autre sbire, comme moi). Vous en découvrirez un extrait chaque jour de cette semaine de fin d’octobre. Bonne lecture !

Across Wallifornia

L & M

Texte : Helmond Bastard – Illustrations : Pascal Braconnier

***

 

L & M

 

 

L’après-midi dégouline. Le soleil est planté haut et aucun nuage n’a l’air de vouloir prendre son rôle au sérieux : ils sont pareils à de grands voiles blanchâtres flottant sans but. Rien susceptible d’entraver les rayons solaires. Destruction de l’épiderme, cancer, mort.
L & M se traînent, le mode Survie est enclenché. Ils essaient de trouver un peu d’énergie sans que cela soit réellement important.  L. s’extrait du lit à la recherche de fraîcheur qu’il trouve dans la salle de bain. M. s’enfonce un peu plus, des plis de chair collent, des fluides évaporés depuis peu tâchent les draps, son esprit est pur.

Une fois à l’intérieur, L. constate le carnage. Une tornade a emporté le moindre flacon, la plus petite brosse. Le sol est jonché de débris de verre.

Rien n’est à sa place. Et lui ? Quelle est sa place ? La question mérite d’être posée. L. pare au plus pressé : shoote dans les agglomérats à sa portée. Bibelots, bricoles, breloques, babioles, riens, niaiseries, futilités, misères, broutilles retrouvent un nouvel ordre. Jusqu’au prochain coup de pied. Jusqu’à la prochaine question sans réponse.

Il approche du miroir. Il a raison : il a une gueule à faire peur. Sa peau est grise, parsemée de taches floues. Une fine couche d’humidité enveloppe son visage tandis que deux poches sombres squattent le dessus des pommettes. Des yeux vides complètent le tableau. Est-il mort ? Le doute est permis. M., elle est bien vivante et lui parle. Les vivants peuvent-ils parler aux morts ? Face à face ?

 

L.

 

 

illu1Voir la tête tuméfiée de JC à côté de la mienne dans le miroir me fait sursauter.

Il se tient derrière moi, ensanglanté, un couteau à la main. Un gros couteau, le modèle de chasse : matériel de couture dans le manche et allumettes-tempêtes. L’arme ultime. Et cet imbécile qui le brandit au-dessus de sa tête. Je ne sais pas ce qu’il cherche. J’ai peur.
Le temps de me retourner et son bras s’abat sur moi, la lame trouvant intéressant de se planter dans ma poitrine. Tranquillement. Avec désinvolture. Pour elle, le travail est accompli avec la plus parfaite des bonnes consciences. Reste que me voilà à présent avec une vingtaine de centimètres de métal fiché dans le corps. Je ne ressens rien. La sensation est familière. Lourd, je n’ai plus aucune raison de lutter contre la gravité. Je m’effondre sans effort. Je m’explose contre le miroir.

 

 

M.

 

 

Il va me faire mal.

 

 

L.

 

 

La tête collée contre la vitre. J’ai l’impression d’être en voiture…

 

 

FIN

illu-2

Commentaires