Un mélomane passionné, qui fait rimer classiques liturgiques et pop musique. Une cathédrale noircie par la pollution dont s’échappe le son délicat d’un carillon. Une certaine vision de la Wallifornie d’aujourd’hui, entre tradition et douce folie. Immersion dans l’univers de Fabrice Renard, carillonneur plus punk qu’enfant de chœur.

Kate Moss. Le Standard de Liège. La Cathédrale Saint-Paul. Lady Gaga. Mozart. Jésus-Christ notre sauveur. Antithèses, aphorismes, absurdité ? Un casse-tête d’influences contraires qui donne au moins autant le tournis que le labyrinthe de marches qu’il faut monter pour arriver au sommet du clocher.
Bienvenue dans l’antre de Fabrice Renard, personnage anonyme qui domine pourtant toute la ville de Liège depuis le promontoire où il pratique son art. Avec chaque mercredi, un concert en forme de mission : dépoussiérer le carillon.


La quarantaine souriante, vêtu de noir de la tête aux pieds, Fabrice Renard ne correspond pas au cliché éculé de la grenouille de bénitier. Une image désuète qu’il est d’ailleurs le premier à déplorer.
« J’ai étudié le piano au conservatoire de Bruxelles, et il y a une vingtaine d’années, j’ai rencontré un carillonneur de renom qui m’a fait découvrir cet instrument. J’ai commencé à me rendre à des concerts de carillon, où j’étais très attristé de voir la moyenne d’âge du public, et à quel point celui-ci était clairsemé. Un peu comme le public des églises finalement… ».
D’aucuns s’y seraient résignés, Fabrice, lui, a décidé de sonner les cloches des mélomanes non-gériatriques et de donner un coup de jeune à cet instrument qui fête cette année ses 509 ans.

« Contrairement aux idées reçues, le carillon permet de jouer tous les styles de musique. C’est un instrument qui offre une vaste gamme de possibilités sonores. On présente souvent le carillon comme un instrument très athlétique, parce qu’il faut frapper sur les touches. C’est faux, le carillon est un instrument très complet qui permet des nuances très variées ».
Et qui permet également un grand écart réussi entre les maîtres de la musique classique et les hits d’aujourd’hui.
« Au fil des années, mes goûts personnels ont évolué. Je reste très attaché à la musique classique bien sûr, mais je suis de plus en plus attiré par la pop et la chanson française.
Je suis super fan de David Ghetta, Michel Sardou, Rita Ora, Iggy Azalea… ». Qui, vu son goût prononcé pour la controverse, aurait sans aucun doute été ravie de savoir que son tube Fancy résonnait ce jour-là dans toute la ville grâce au talent de Fabrice Renard pour la traduction de morceaux contemporains au carillon.


Une passion qu’il mène de front avec ses autres centres d’intérêts, dont la photographie. Qui est tout à la fois pour Fabrice un moyen d’expression et une source d’inspiration.
« Je suis super fan de photographie, alors je regarde de temps en temps Fashion TV pour m’inspirer avec les défilés. Un soir, je suis tombé sur un reportage sur Kate Moss. Je n’ai pratiquement pas dormi : je suis resté toute la nuit pour composer un hymne en son honneur ».
Et si l’histoire ne dit pas si la brindille a eu le plaisir d’écouter cet hommage qui lui est consacré, le public de Fabrice est tout de même des plus éclectiques.

« Je suis parfois très étonné de voir le public qu’attirent mes concerts à la Cathédrale Saint-Paul. C’est bien, ça donne une autre image de l’Eglise. Il y a quelque temps, j’avais décidé de jouer Bad Romance de Lady Gaga au carillon, c’est une chanson qui s’y prête très bien.
Après le concert, un jeune est venu me trouver pour me féliciter.
Il m’a demandé ce que j’avais joué après Lady Gaga, ajoutant qu’il avait trouvé le morceau « encore plus flippant ». C’était l’Ave Verum de Mozart » sourit Fabrice.
Et d’ajouter : « contrairement à ce que l’on pourrait croire, mes concerts de carillon n’ont aucune vocation religieuse. Le Christ n’est pas venu sur terre uniquement pour les musiciens liturgiques, il est là aussi pour les rockers et les rappeurs ».

Amen mon frère.

mds7
Texte & photos : Kathleen Wuyard©

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