Ça y est : c’est le rush de fin d’année. Saumon fumé ou huîtres ? Pull en jacquard ou chaussettes à pompon pour votre père ? Qui placer à côté de tonton Raoul, l’oncle qui saoule ? Et qui s’occupe de la bûche : si on laissait mamy faire ? Tant de questions, et tant de stress potentiel. On le sait tous : les réveillons sont souvent le théâtre d’engueulades homériques, sans doute dues à la rétention de vieilles rancœurs toute l’année. Pour survivre à ça, un seul mot d’ordre : picolez. Mais du bon, et si possible bien accordé.

Apéro : allez-y mollo.

Vous êtes un marathonien, vous êtes affûtés, et vous savez que la soirée va être longue, très. Ne vous ruez pas sur les alcools forts, même si le whisky vous fait de l’œil. Commencez donc par un beau vin blanc sec, qui vous titille le nez et vous fait saliver. Chenin de Loire, j’écris ton nom. Vous pouvez également coincer la bulle : crémant ou champagne, selon votre budget et l’estime en laquelle vous tenez votre famille. Attention : ne jamais ouvrir une bouteille de vin effervescent en dirigeant le bouchon vers la tête d’un(e) invité(e), même s’il/elle est déjà casse-bonbon. La case urgence serait inévitable : quelques bars de pression, ça fait du dégât.

L’erreur à ne pas commettre : boire des cocktails ! Absolutely fabulous, vous dites-vous ? Patsy darling, do you want a cocktail? Bolli? Stoli? Bolli Stoli?  Zappez la vodka, ne gardez que le champagne ! Il est tentant de s’anesthésier direct pour passer la soirée dans un doux cocon ouaté, mais c’est risqué. Enfin, si vous voulez être fin bourré à 22h et louper les cadeaux…

En entrée : brillez !

Votre tante a ramené des huîtres ? Vin blanc vif, aux arômes d’agrumes et de pomme granny. Interdiction de balancer un rouge sur les huîtres: on n’est pas des sauvages. Comme l’huître est un animal fourbe et un peu salopard, on peut dire qu’elle ne rend pas souvent service au vin. Je milite pour la réhabilitation du vilipendé muscadet-sur-lie qui fait des choses pures et très sympas, et si on est un peu aventureux, on peut toujours lorgner vers un picpoul-de-pinet, ou limoux.

C’est le foie gras la tradition chez vous ? Faites bien gaffe à pas y accoler des vins trop sucrés, oubliez le sauternes, et optez pour un jurançon, pourquoi pas ? S’il est chaud – le foie gras, pas votre cousin Jean-Pierre –  un vin rouge, pas trop tannique du beaujolais où les fruits rouges légers et croquants apportent une vraie gourmandise et évitent la lourdeur.

Un petit coup de saumon fumé ? Ou d’elbot, anguille, vous faites bien comme vous voulez.  Pouilly-fumé est une option intéressante et pas juste pour la synonymie. Rappel : on confond souvent le pouilly-fumé, un sauvignon de Loire et le pouilly-fuissé, un chardonnay de Bourgogne. Voilà l’anecdote parfaite à placer pour se faire reluire, un peu, non ?  Adepte de l’aventure ? Causez un peu de ces  contrées exotiques où des bardes chevelus à fort accent vous engueulent autant qu’ils vous embrassent, en mettant le cap sur un roussillon blanc. Le pif a un côté charnu avec une pointe de sel, c’est une gourmandise dont on reprend sans culpabiliser car si c’est ample et soyeux, ce n’est pourtant pas bourré aux amphets et bodybuildé, pas comme qui vous savez. Si ça ne marche pas, picolez.

Les St Jacques et les poissons cuisinés avec des sauces légères crémées: pas de doute, grosse vibration avec les chardonnay (de Bourgogne ou du Jura), kiffance pointue avec certains Alsace (des rieslings, secs, nerveux, grands, longs en bouche qui feront amis-amis avec le moelleux de la sauce).

On est pas bien là, à la fraîche ?

 

Au plat : abracadabra !

Voici venu le temps des biches (ah!), des canards (oh!) et surtout des dindes. A cet instant, gardez tout votre self-control : même si elle est tentante, toute analogie entre le volatile rôti et votre belle-sœur sera très mal vu. Buvez plutôt un coup.

Avec la dinde, la sauce et l’accompagnement vont influencer beaucoup plus le choix du vin que la viande elle-même. Car une dinde est une dinde et le restera toujours: quelque chose de finalement assez fade. Pas besoin de sortir des grand méchants raisins tanniques à souhait pour harasser l’animal: il est déjà tendre et offert. Suffit juste de lui coller un rouge coquin bourré de fruits si son lit est sucré (côtes-de-forez), un saint-nicolas-de-bourgueil qui champignonne s’il est plutôt dans de beaux draps forestiers.  Que ce soit dit, la dinde ne se ficelle pas aux grands crus, elle est plus facile que ça. Faut lui parler canaille mais pas vulgaire, un art.

Pour découper l’animal, préférez un couteau aiguisé et quelqu’un qui sera resté sobre. Pas vous, donc.

Pour le canard, parce qu’il est souvent en magret: du vrai juteux du sud ouest. Un beau cahors voilà qui en jette… Les vignerons du sud-ouest se bougent les miches, c’est le moment de mettre à mal les idées reçues. Non, ce ne sont pas que des machins rustiques et durs, y aussi de véritables puits-d’amour, profonds et noirs mais si séducteurs. Que les amoureux de bordeaux ne me jettent pas de pierres, surtout en cette période. Jouez le confort et l’assurance du classique : un bon saint-émilion et vous voilà promu grand échanson des prochaines tablées.

Pour la biche si elle est marinée au préalable: on joue la rondeur, la puissance et le classique avec un beau côtes-de-nuits en Bourgogne. Toujours tradi, un côtes du Rhône nord type crozes-hermitage. Ne le prenez pas perdreau de l’année, sinon il risque d’être un poil fermé façon clos cistercien.

Pour la biche en steak, on peut toujours sortir un bourgogne du stock comme un marsannay rouge. Une dentelle qui va se poser sur la chair sans alourdir, juste en soulignant.

Félicitations, vous avez débloqué tous les niveaux avec succès. Vous voilà arrivés devant le boss final : LA BUCHE.

Au dessert : restez pépère

Votre maman ne jure que par la bûche au chocolat ? Servez-lui un doigt de porto tawny. Et ne vous oubliez pas en route. Les arômes de rancio, de caramel, de pruneau font merveille.  On peut aussi servir un petit verre de rhum, mais évitez la chanson paillarde qui va avec, ça ferait mauvais genre.

Si la bûche est aux fruits rouges, un maury jeune, aux arômes très frais de fruits fonctionnera bien. Plus rafraîchissant, un joli crémant rosé, sucré ou non selon vos goûts.

Si d’aventure, elle est à la crème au beurre, on jette ça, et on mange autre chose. Trêve de plaisanterie : pour faire passer, misez sur un cidre fermier.

Fin de soirée : jubilez !

A ce stade, vous devriez être sinon encore vaillants, du moins vivants. Sauf accidents qui pourraient se résumer comme suit:

Les huîtres n’étaient pas très fraîches, et manifestement, les toilettes sont bouchées. Vous vous souvenez de la vodka mise de côté ? Servez-vous en un verre, videz le reste de la bouteille dans les toilettes.

Votre tonton a tenu des propos racistes/ sexistes/ homophobes toute la soirée ? Révélez-lui que le vin qu’il a allégrement picolé est fait par une vigneronne. Achevez-le en lui expliquant  qu’elle bosse seule, sans aucun homme au domaine.

La nappe que vous tenez de votre arrière grand-mère est constellée de tâches douteuses. C’est le moment de la détacher avec la bouteille de supermarché qu’un invité malintentionné aura peut-être eu le mauvais goût de vous offrir. Et changez d’amis.

Votre belle-mère persiste à être une vraie dinde, malgré tous les vins géniaux que vous lui avez servi ? C’est le moment de l’assommer avec la bouteille susmentionnée. En bonus, changez de partenaire qui vous en voudra certainement à mort de toute façon. Néanmoins soyez positifs : vous aurez peut-être plus de chance au tirage avec la belle-doche prochaine. Ou pas.

Sinon, savez-vous pourquoi on entrechoque les verres avant de boire ? Ce tchin-tchin n’avait à l’origine rien d’innocent : du  temps où l’empoisonnement entre amis / famille était courant, on cognait les coupes en métal de façon à ce que les vins versés se mélangent. Pensez-y quand vous trinquerez.

De toute façon et dans tous les cas, souvenez-vous : les fêtes, c’est une fois par an. Heureusement.

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